19.08.2008
Encore un défenseur des droits humains condamné en Egypte: Saadeddine Ibrahim
Egypte: prison pour un défenseur des droits de l'homme pour avoir diffamé le pays
2 août 2008
LE CAIRE (AFP) — Le sociologue et militant égypto-américain des droits de l'homme Saadeddine Ibrahim a été condamné par contumace samedi par un tribunal égyptien à deux ans de prison pour avoir diffamé l'Egypte, a rapporté l'agence officielle Mena.
Saadeddine Ibrahim, qui se trouve actuellement aux Etats-Unis, a été reconnu coupable d'"avoir terni la réputation de l'Egypte", a ajouté Mena.
Deux avocats, Aboul Naga al-Mehrezi et Hossam Salim, avaient accusé M. Ibrahim d'atteinte aux intérêts de l'Egypte après une série d'articles et de discours sur la citoyenneté et la démocratie dans lesquels le sociologue critiquait le régime du président Hosni Moubarak.
Une source judiciaire a indiqué à l'AFP que M. Ibrahim, qui pourra bénéficier de la liberté contre une caution de 10.000 livres égyptiennes (1.890 dollars), peut faire appel.
M. Ibrahim avait indiqué en juin qu'il souhaitait regagner l'Egypte mais voulait d'abord être sûr de ne pas être arrêté dès son retour.
Selon le quotidien indépendant Al-Masri Al-Yom du 28 juin, M. Ibrahim a envoyé une lettre au ministère des Affaires étrangères, dans laquelle il demande des "garanties" des autorités à ce sujet.
L'intellectuel, âgé de 69 ans, a choisi l'exil depuis plusieurs mois en raison d'un climat qu'il estime délétère pour l'opposition et les défenseurs des droits de l'homme en Egypte.
M. Ibrahim, très critique du régime, avait brièvement rencontré le chef de l'Etat américain George W. Bush à Prague en juin 2007 et celui-ci l'avait qualifié de "dissident".
Saadeddine Ibrahim avait été condamné en 2001 à sept ans de prison, notamment pour "atteinte à l'image du pays" après avoir critiqué M. Moubarak, et pour avoir reçu des fonds de l'étranger.
Sa condamnation avait suscité les protestations des pays occidentaux, avant d'être cassée en appel. Arrêté pour la première fois en juin 2000, il avait passé dix mois en prison en 2001.
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12.08.2008
Egypte : saisie en catimini du quotidien Al-Doustour
Reporters sans frontières dénonce la saisie du quotidien indépendant Al-Doustour. Le 10 août 2008, les exemplaires du journal cairote ont été retirés du marché sans que la rédaction ne soit notifiée de la décision. Dans cette édition dominicale, les journalistes d’Al-Doustour ont bravé une "interdiction de publier" en couvrant le meurtre d’une chanteuse libanaise dans lequel serait impliquée une personnalité égyptienne. Quelques jours auparavant, le procureur général avait interdit aux médias d’aborder cette affaire. Le parquet pourrait prochainement convoquer le rédacteur en chef du quotidien, Ibrahim Issa, poursuivi dans plusieurs autres affaires.
12 août 2008
16:25 Publié dans Liberté d'expression | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
30.05.2008
Les protestatations d'internautes lors de la condamnation de Kareem Amer
La condamnation du blogueur égyptien Kareem Nabeel Sulaiman pour ses écrits sur son blog a choqué l’opinion internationale, mais pour les blogueurs égyptiens, il s’agit d’une leçon amère et d’une menace bien trop proche d’eux pour qu’ils puissent s’estimer à l’abri.
Kareem a été condamné par un tribunal d’Alexandrie à quatre ans de prison ferme: trois pour « blasphème contre la religion musulmane » et un pour « insultes » au Président égyptien Hosni Mubarak.
Pour le blogueur Ala’a Abdulfattah, qui a été lui-même été détenu l’an dernier pour son activisme politique, c’est l’année de prison pour « insulte » au président qui le met hors de lui.
عبد الكريم خد 4 سنين حبس
3 سنين على تهمة ازدراء الأديان و سنة على تهمة اهانة السيد الرئيس
بيقولك مرة واحد قرر يرشح نفسه رئيس الجمهورية، مسكوه بتوع أمن الدولة و قالولوا أنت عبيط ولا ايه، قالهم هو شرط؟
الناس اللي كانت بتشجع محاكمة و حبس عبد الكريم، يا ريت تركزوا شوية على حتة سنة حبس على تهمة اهانة الرئيس دي، يا ريت تاخدوا بالكم كويس من معناها. و تفكروا كويس دي لما تعدي بالساهل كده ممكن تستخدم ثاني ضد مين و ضد كام حد في مصر.
فكروا كويس في عاقبة حبس الكافر الزنديق الكخة بتهمة اهانة الرئيس.
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“Abdulkareem a été condamné � quatre ans derrrière les barreaux, trois pour blasphème contre la religion,et un pour avoir insulté le président. On raconte qu’un jour, quelqu’un décida de se présenter � l’élection présidentielle. La police secrète l’arrêta et lui demanda s’il était stupide. L’homme s’étonna : « C’est obligatoire ? ». J’espérais que les personnes qui se sont mobilisées pour le procès de Abdulkareem aurait relevé, en passant, cette petite partie [du jugement]qui décrète qu’il passera un an en prison pour avoir insulté le président. J’espère que vous m’accorderez un peu d’attention sur ce point. J’espère que vous y réfléchirez : quand une sentence de ce genre passe sans soulever un tollé, contre combien d’autres personnes en Egypte cette accusation sera-t-elle utilisée par le futur ? Réfléchissez aux conséquences qu’entraine l’emprisonnement d’un sale infidèle pour insulte au président », écrit-il.
Freedom for Egyptians [EN] pense, comme Abdulfattah, qu’après la condamnation de Kareem, les autres blogueurs ne sont plus en sécurité.
« Ce matin, j’ai vu les nouvelles sur le blogueur egyptien Abdel Kareem Nabil Soliman Amer et, comme prévu, il a été condamné � quatre ans de prison. Je m’attendais � de la prison, mais pas � quatre ans. Il reste le recours en appel, mais qui peut dire…
C’est vraiment triste ! L’Egypte établit un dangereux précédent en jugeant et condamnant les blogueurs et ceux qui écrivent sur internet, quand d’autres pays cherchent � augmenter le niveau de liberté d’expression.
Le plus grand désastre n’est pas le fait qu’on soit pour ou contre le blog de Kareem Amer. La vraie déception est que beaucoup de gens approuvent la condamnation de Kareem, même sa propre famille. Ils ignorent que, quelles que soient leurs opinions sur la politique ou la religion, leur tour viendra…
Je ne suis pas choqué, mais triste. » conclut-il.
Après avoir résumé les réactions des organisations internationales de défense des droits de l’homme, un autre blogueur égyptien, Ibn Al Dunya, ajoute quelques réflexions personnelles.
« Cela évoque d’autres grands fils et filles de l’Egypte, qui sont passés par la même étrange expérience avec [l’université] al-Azhar que Kareem pendant les seize derniers mois (meme si les conséquences ont été différentes). Des personnalités comme Ali Abd al Razeq, Taha Hussein, Naguib Mafouz, Youssef Chahine, Farag Fouda, Alaa Hamid, Nasser Hamid Abu Zeid, Louis Awad et Nawal as Saádawi ont tous subi la même inquisition, et n’ont pas été jugés digne des hauts critères de cette auguste institution ».
Pour quatre d’entre eux au moins, cela a eu d’énormes conséquences.Mafouz a été poignardé 35 ans après avoir écrit Awlad Haratna (Les fils de la médina), et celui qui a porté les coups invoquait la décision de al Azhar comme motif de son geste. Farag Fouda a été assassiné dans la rue après avoir été décrété apostat par Sheikh Muhamed al Ghzali. Nasser Hamed Abu Zeid a été limogé de son poste � l’université du Caire, contraint de divorcer de son épouse Iqbal Younis, et tous deux ont dû s’exiler.
Et maintenant, Abdel Kareem Nabil Sulaiman…. » écrit-il.
Ibn Al Dunya soutient que les religions sont protégées et ne peuvent pas être ternies par les écrits ou les pensées d’une personne ou d’une autre.
“Ce que les gens perçoivent comme une mesure de protection de la religion, ou de l’image de l’Egypte, n’est pas une bonne chose, c’est un signe de faiblesse. Les religions (l’Islam, ou le christianisme) n’ont pas besoin d’être protégées par le peuple. La religion elle-même est bien plus grande que nous tous réunis et ces deux religions ont survécu � des temps bien pires que les nôtres. C’est nous qui avons besoin de la religion, et non le contraire. L’Islam n’est pas menacé en tant que religion, ou comme civilisation, par Al Qaida, le Danemark, Salman Rushdie, le Pape, ou n’importe lequel des auteurs mentionnés ci-dessus, et certainement pas par un simple blogueur comme Kareem, de même que le christianisme n’est pas menacé par les écrits de Muhammad Emara ou les images du moine, etc. », écrit-il.
Pendant ce temps, la blogueuse Yasmin [EN]nous révèle ce que Kareem a exactement écrit sur son blog et ce qui a motivé son arrestation.
«Le dernier billet sur son malheureux blog date du 28 octobre 2006. Il y mentionne qu’il a reçu une convocation de la police dans le cadre d’une enquête. Les charges qui pèsent sur lui, écrit-il, sont des fantômes de [l’université] Al Azhar qui reviennent le hanter, alors qu’il a déj� reçu les documents lui notifiant son renvoi de l’université. Il mentionne d’autres intellectuels et personnalités qui ont été victimes de la malédiction de Al Azhar, comme il l’appelle, et qui ont également été contraints de renoncer � leurs idées ou de s’exiler ou de les payer de leur vie, comme Nasr Hamed Abu Zeid, Dr. Ahmed Sobhy Mansour, Nawal El Saadawi ou Ahmed El Shahawy et feu Farag Fouda. Il écrit que cela ne fait que renforcer sa résolution. Depuis ce dernier billet, il a été arrêté et emprisonné, et a sans nul doute vécu l’enfer. Nous avons tous vu ces vidéos sur YouTube, sur ce qui se passe dans les postes de police egyptiens:sa détention préventive a probablement été un cauchemar, et le mot est faible. Les visites de sa famille et de son avocat lui étaient interdites. Les charges retenues contre Kareem étaient d’avoir blasphémé contre l’islam, troublé l’ordre public, et insulté le président Hosni Moubarak. » écrit elle.
D'après Yasmin, Kareem écrivait sur l’amour et sur l’instrumentalisation de la religion pour exclure les femmes de la vie publique. Kareem n’admettait pas « que l’on n’éduque pas les filles, qu’on leur interdise de travailler dans certains lieux ou secteurs professionnels. Il condamne la circoncision féminine [ndlt : l’excision], les mutilations génitales, comme une autre forme de répression. Il critique le fait de marier les filles très jeunes et dénonce avec passion les violences conjugales. Toutes ces critiques ont déj� été examinées par [l’université] Al Azhar et par le grand Mufti ».
“J’ai lu tout son blog. Cela m’a pris deux jours, mais j’ai pu lire attentivement chaque billet. Je devais comprendre pourquoi il va être privé de quatre années de sa vie. Pourquoi on lui a nié le droit de finir ses études. Pourquoi il a eté renvoyé de l’université. Pourquoi on l’a fait taire et pourquoi on a fait de lui un bouc émissaire, peut être pour faire peur, et faire taire d’autres blogueurs ».explique-t-elle.
Yasmin a réalisé un travail remarquable en résumant les billets de Kareem et en nous donnant une chronologie de tous les sujets sur lequel le blogueur emprisonné s’est exprimé. En conclusion, elle écrit :
“Le plus surprenant : le chapitre 3 de la Constitution égyptienne, qui traite des libertés civiques, devoirs et droits, dit en son article 47:” La liberté d’opinions sera garantie. Chaque individu aura le droit d’exprimer son opinion et de la diffuser oralement, par écrit, par la photographie, et par tout moyen d’expression, dans les limites de la loi. L’autocritique et la critique constructive garantiront la sécurité de la structure nationale » ».
« C’est exactement ce que Kareem a fait. Il a exercé sa liberté d’opinion. Il a pris au sérieux son droit d’exprimer ses opinions et y croyait assez pour les écrire sur Internet, sur un blog accessible au public. A mon avis, Kareem a respecté ses convictions ainsi que sa religion. Dans sa présentation sur son blog, Kareem a écrit qu’il avait hâte d’aider l’humanité � lutter contre toute forme de discriminations. Le Coran implore les croyants de dénoncer l’injustice, et c’est précisement ce que Kareem a fait.
Une fois de plus, une institution religieuse se prend pour Dieu. Au lieu de voir qu’ils font partie du problème, ils interprètent toute critique de l’institution comme une critique d’Allah, alors que Kareem a seulement fait ce qu’Allah ordonne � tout musulman [4:135] « Ô les croyants ! Observez strictement la justice et soyez des témoins (véridiques) comme Dieu l’ordonne, fût-ce contre vous mêmes, contre vos père et mère ou proches parents. Qu’il s’agisse d’un riche ou d’un besogneux, Dieu a priorité sur eux deux (et Il est plus connaisseur de leur intérêt que vous). Ne suivez donc pas les passions, afin de ne pas dévier de la justice. Si vous portez un faux témoignage ou si vous le refusez, [sachez que] Dieu est Parfaitement Connaisseur de ce que vous faites ».
Amira Al Hussaini
http://fr.globalvoicesonline.org/2007/03/03/12/
17:10 Publié dans Pétition de Reporters Sans Frontières pour Kareem | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

