04.09.2008

ÉGYPTE : LA RÉPRESSION DE L'UTILISATION DE L'INTERNET PREND DE L'AMPLEUR

Tandis que sa blogosphère prospère, l'Égypte trouve de nouveaux moyens de
réprimer les blogueurs et autres usagers de l'Internet.

Le 9 août, le Réseau arabe d'information sur les droits de la personne
(Arabic Network for Human Rights Information, ANHRI) rapportait que le
gouvernement égyptien oblige maintenant les cafés Internet à rassembler et
à conserver des renseignements personnels - notamment les noms, adresses de
courriel et numéros de téléphone - des usagers de l'Internet. De plus, les
usagers des cafés Internet doivent posséder un téléphone mobile afin de
pouvoir vérifier leurs renseignements personnels, y compris un numéro
d'identification personnel.

Selon l'ANHRI, ces mesures équivalent à de la censure, violent la vie
privée, découragent l'accès aux renseignements sur l'Internet et violent la
libre expression des forums en ligne. D'après le Centre (officiel) de
soutien aux renseignements et aux décisions, l'Égypte compte plus de 162
000 blogueurs, dont la plupart ont entre 20 et 30 ans, qui constituent 30
pour 100 de tous les blogueurs arabes.

Trente jeunes militants arrêtés à Alexandrie en juillet étaient membres du
groupe Facebook, qui compte 64 000 membres et qui est relié au Mouvement du
6 avril, d'opposition, indique le site web Menassat. Quatorze des militants
détenus, connus maintenant sous l'appellation de « Jeunes de Facebook »,
ont été relâchés avant le 4 août; aucun d'eux n'a été formellement inculpé
de quoi que ce soit.

Mohammed Refaat, un blogueur arrêté le 21 juillet, devait être relâché le
17 août. Mais les autorités se sont prévalues de l'état d'urgence en
vigueur depuis 40 ans pour le garder en prison, indique Reporters sans
frontières (RSF). Refaat avait été arrêté pour avoir « offensé les
institutions de l'État », « mis en danger la sécurité publique » et « avoir
utilisé l'Internet pour inciter d'autres personnes à manifester et faire la
grève » - « mais il n'y a rien de politique dans blogue », maintient RSF.

On continue par ailleurs à utiliser les vieux moyens pour réprimer la libre
expression.

Un avocat ayant des liens avec le parti au pouvoir a exigé qu'une cinéaste
égyptienne éminente soit flagellée, rapporte l'ANHRI le 13 août. L'avocat a
demandé que Enas El-Dighaidy reçoive 80 coups de fouet à cause de son film
« Journal d'une adolescente », qui selon lui diffame l'Égypte.

De telles affaires « Hesba » contre les auteurs et les artistes, qui font
intervenir des allégations d'insulte à Dieu, peuvent être déposées par des
avocats ou par le gouvernement, et elles se sont considérablement
multipliées au cours des deux dernières années, signale l'ANHRI. Dans
l'affaire « Hesba » la plus retentissante, le journaliste Ibrahim Issa doit
comparaître devant le tribunal le 28 septembre pour tenter de faire
renverser une peine de six mois de prison. Dans une autre affaire
distincte, Issa et trois rédacteurs comparaissent en cour le 6 septembre.

Aussi en août, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a
commémoré le cinquième anniversaire de la disparition d'un éminent
journaliste, que les autorités égyptiennes ne reconnaissent pas. Reda
Helal, un rédacteur chevronné au grand quotidien égyptien « Al-Ahram »,
propriété de l'État, est disparu le 11 août 2003 tandis qu'il rentrait chez
lui dans la partie du Caire remplie d'immeubles gouvernementaux et de
missions diplomatiques.

Consulter les sites suivants :
- Répression de l'Internet : http://tinyurl.com/5gqag5
- Pratique du blogue en Égypte : http://tinyurl.com/5dvpme
- « Jeunesse Facebook » : http://tinyurl.com/5snmo8
- Flagellation exigée : http://tinyurl.com/5c4799
- Poursuites judiciaires « Hesba » : http://tinyurl.com/63mr9b
- Anniversaire de la disparition : http://tinyurl.com/67ubyn

01.09.2008

Le cyberdissident Kareem Amer ne peut plus voir la lumière du jour : Reporters sans frontières dénonce ses conditions de détention

Reporters sans frontières dénonce les conditions de détention du blogueur Abdel Kareem Nabil Suleiman ("Kareem Amer"), détenu depuis le 6 novembre 2006 dà la prison de Borg El Arab (40km d‘Alexandrie). Il lui est interdit de sortir de sa cellule. Ses livres lui ont également été confisqués et son état de santé se dégrade suite aux mauvais traitements dont il est victime.

“Ses conditions de détention sont inacceptables. Kareem Amer est victime d’un acharnement scandaleux de la part des gardiens de la prison. Non seulement ils l’empêchent de quitter sa cellule, mais ils poussent régulièrement ses codétenus à le battre. Son état de santé se dégrade à vue d’œil sans qu’un médecin puisse l’examiner. Nous demandons sa libération immédiate“, a déclaré l’organisation.

Le 31 août 2008, son avocate, Rawda Ahmed, est allée lui rendre visite. Il lui a alors confié que les gardiens l’empêchaient de sortir de sa cellule. Selon elle, “il est malade et maltraité par le personnel carcéral“.

Kareem Amer, 22 ans, a été condamné à quatre ans de prison le 22 février 2007 pour “incitation à la haine de l’islam“ et “insulte au président“ après avoir publié des articles sur son blog (www.karam903.blogspot.com). Il dénonçait régulièrement les dérives religieuses et autoritaires du gouvernement de Hosni Moubarak, critiquant notamment les plus hautes institutions religieuses du pays, en particulier l’université sunnite Al-Azhar, dans laquelle il étudiait le droit.

Reporters sans frontières a décerné le prix “Cyberlibertés“ à Kareem Amer le 5 décembre 2007. En Egypte, il est le premier blogueur condamné en raison de son activité sur Internet et celui dont la peine est la plus longue.

L’Egypte est classée 146e sur 169 du classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières et qualifiée d’ “Ennemi d’Internet“ par l’organisation.

28.08.2008

« La pensée a des ailes, nul ne peut arrêter son envol"

Youssef Chahine s’en est allé et la censure continue à bien régné en Egypte.
Le cinéaste marocain Nabil Ayouch en a fait les frais.



Si on devait me demander de citer un point commun entre Youssef Chahine et le cinéaste marocain Nabil Ayouch, je répondrais : tous les deux ont été victimes de la censure en Egypte.


Youssef Chahine, c’était pour l’Emigré (1994) et Nabil Ayouch, c’est pour Whatever Lola Wants(2008).


Dans la ville natale du grand cinéaste défenseur des libertés Youssef Chahine, le festival du film d’Alexandrie vient de rayé « Whatever Lola Wants ».

Motif ? Ce film dénigrerait l’image de l’homme égyptien.


Censurer un film pour son ton libre pour un festival qui était dédié à Youssef Chahine, c’est une absurdité pharaonique.


Le festival du Film d’Alexandrie avait programmé pour l’ouverture « Whataver Lola wants » pour la célébration du cinquantenaire du cinéma marocain. A la dernière minute, il a été remplacé par Baisers volés.


Mahmoud Yacine, un comédien égyptien a vu le film à Dubaï lors de son avant-première mondiale en décembre 2007. Il ne l’a pas apprécié. L’acteur a contacté le président de l’association des écrivains et critiques de cinéma égyptiens, qui organise le festival d’Alexandrie, pour lui expliquer que ce film ne devait être diffusé dans aucun festival égyptien. Par ailleurs, Mahmoud Yacine n’est autre que le producteur de Baisers volés…


Le film : une reflexion dans un ton divertissant des rencontres entre les cultures


Certes, on peut attribuer au film de Nabil Ayouch un caractère léger. N’est-il pas de son droit ?

Le film raconte l’histoire de Lola, une jeune Américaine tombant sous le charme d’un Egyptien. Lola le suivra dans son pays.

Là-bas, elle découvre que le jeune homme moderne qu’elle a connu aux Etats-Unis s’est transformé en esprit rétrograde.Lola se met en tête de retrouver la fascinante danseuse Ismahan.

La troisième figure égyptienne importante du film n’est autre qu’un homosexuel, le meilleur ami de Lola à qui elle doit d’avoir découvert la danse orientale et sa star égyptienne.

L’homosexualité, un tabou en Egypte, avait déjà été évoquée dans L’immeuble Yacoubian par le célèbre écrivain égyptien Alaa El Aswany.

La censure semble être une mode qui se confirme en Egypte actuellement.

Nawal El Saadawi, une autre victime de la censure égyptienne.


Récemment, une autre figure du féminisme égyptien Nawal El Saadawi a vu sa dernière pièce de théâtre « intitulée Dieu démissionne au sommet » subir les foudres d’Anastasie et de ses ciseaux.

En quoi la circulation des idées serait néfaste ?

Avec hier, Youssef Chahine et aujourd’hui Nawal El Saadawi et Nabil Ayouch, le monde arabe ne peut que se glorifier d’avoir des voix et esprits libres.
Et comme le disait si bien Youssef Chahine :

« La pensée a des ailes, nul ne peut arrêter son envol ».